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11 décembre 2019

Pascale Bussière et Dominique Pétin

Deux femmes, deux comédiennes et un film qui parle

Interprétée par Pascale Bussières, Laura, la « bootlegger », est le seul rôle non autochtone du long métrage. De son côté, Dominique Pétin interprète Jeanne qui dirige la communauté. Elles ont gentiment accepté de discuter avec L’info de ce film qui parle.

Pascale Bussière (Laura) et Dominique Pétin (Jeanne), deux grandes comédiennes réunies dans un film qui parle de réalités autochtones et qui selon elles aura un impact dans la tête et le cœur des gens.
Pascale Bussière (Laura) et Dominique Pétin (Jeanne), deux grandes comédiennes réunies dans un film qui parle de réalités autochtones et qui selon elles aura un impact dans la tête et le cœur des gens.
© (Photo L’indo de la Vallée – Kathleen Godmer)

Comment avez-vous réagi lorsqu’on vous a proposé ce projet de film?

Pascale Bussière (PB): J’étais très heureuse. Quand j’ai reçu le scénario et quand on m’a présenté Laura, la « bootlegger », ça m’a plu. J’ai trouvé le scénario très pertinent et important pour la communauté. On sait que ce n’est pas facile quand il s’agit des femmes autochtones et là, il y a une voie qui s’ouvre. De participer à ce mouvement-là, je trouve ça super. On y aborde des sujets et des enjeux qui ont fait les unes médiatiques dans les dernières années, mais c’est quand on va sur les réserves qu’on prend vraiment conscience de ce qu’est la réalité, la différence, le décalage et de comment les choses se vivent dans le quotidien. 

Dominique Pétin (DP): C’est extraordinaire parce que je jouais au théâtre avec la sœur de Caroline Monnet et elle est venue voir la pièce. Elle m’a abordé ensuite pour me dire qu’elle avait écrit un scénario de film dans lequel il y avait un personnage qui devait être pour un homme et que maintenant qu’elle m’avait vu jouer elle voulait me l’offrir. Je suis donc devenue Jeanne, la cheffe de la réserve. J’ai été très flattée et ce n’est pas la première fois d’ailleurs que j’hérite d’un rôle qui, au départ, était destiné à un homme et chaque fois, c’est toujours de beaux rôles. 

Croyez-vous que le film aura un impact une fois diffusé?

PB: J’espère, c’est pour ça qu’ont fait du cinéma. C’est pour essayer de dire des choses qui peuvent être perçues autrement, qui touchent des sujets sensibles. Le film traite de sujets délicats comme les problèmes d’alcool, la prohibition et ce que ça entraine dans les communautés. J’espère que ce sera un éveil face à ces problématiques et que ça permettra de mobiliser des gens à ce que les choses changent.

DP: Pour tous ceux qui, comme moi, n’étaient jamais venus à Kitigan Zibi, toutes les rencontres avec la façon de vivre de l’autre provoquent une réflexion. C’est à chaque fois un agent de changement chez les gens. D’abord en tant qu’humain et en tant que collectivité aussi. Je pense que pour toutes les communautés, de voir qu’on met de l’avant une problématique qui est la leur seulement, parce qu’on parle juste de ça, juste d’eux, avec eux et par eux, c’est exceptionnel. On a plus vu ça du côté anglophone, mais nous on le fait en français et en anishinaabemowin, la parole est redonnée aux autochtones par les autochtones, moi je trouve ça très beau. 

De grosses thématiques sont apportées dans le film, comment vous recevez ça?

DP: De très grosses thématiques comme l’émancipation. Le film repose aussi sur le fait que le moteur de changement arrive par les femmes avec leurs contradictions. Mani, le personnage central, Jeanne qui représente le pouvoir et la « bootlegger » qui est en perte de pouvoir et ce n’est pas un accident si elle est blanche. Ça fait partie de la problématique du film, mais c’est aussi une métaphore sur le Québec qui cherche à s’émanciper. Ça ratisse vraiment large et je pense que ça traite plus précisément de la reprise du pouvoir décisionnel par les autochtones.

Parlez-nous de la réalité de ce tournage qui est un peu différente puisqu’on se retrouve en région et dans une communauté. 

PB: C’est toujours plus compliqué quand on tourne à l’extérieur des grands centres, car ça demande plus d’organisation. On est un peu comme l’armée qui débarque quelque part. Il y a plusieurs personnes dans l’équipe et ce sont de grosses infrastructures à installer. Il y a beaucoup de gens de la communauté qui se sont joints à nous et qui travaillent. Les relations demandent plus de finesse et je pense que c’est un plus pour la communauté parce que leur réalité va être mise à jour. Ça les fait travailler et économiquement c’est positif pour la région. On arrive, une cinquantaine, on va au restaurant, à l’hôtel, on consomme dans les différents commerces. C’est partout quand on va tourner en région, les gens sont contents qu’il se passe quelque chose d’inhabituel chez eux.

DP: C’est toujours un peu dommage de ne pas avoir plus de temps entre les journées de tournage pour aller rencontrer les gens. Par contre, il y a de belles personnes de la communauté, ici sur le plateau qu’on peut rencontrer. C’est que d’être à la fois au Québec et en même temps chez quelqu’un d’autre, ici à Kitigan Zibi, à Maniwaki, c’est très particulier. C’est comme un univers en soi et on constate qu’il y a des gens qui y vivent très bien, qui y font leur vie en marge du politique traditionnel, ça c’est fort. Je suis vraiment heureuse d’avoir découvert la région. 

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