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27 février 2020

Laurie Odjick garde espoir 11 ans après la disparition de sa fille

« Je ne vais pas abandonner ce combat facilement »

Cela fait désormais 11 ans que Maisy Odjick et Shannon Alexander, adolescentes à l’époque, ont disparu. La mère de Maisy, Laurie, ne baisse pas les bras. L’info s’est entretenue avec elle à Kitigan Zibi Anishinabeg. 

La mère de Maisy Odjick, Laurie, lors d’une cérémonie tenue le 5 février dernier à Kitigan Zibi Anishinabeg.
La mère de Maisy Odjick, Laurie, lors d’une cérémonie tenue le 5 février dernier à Kitigan Zibi Anishinabeg.
© (Photo L’info de la Vallée – Simon Dominé)

Votre fille Maisy Odjick et son amie Shannon Alexander ne se retrouvent pas sur le site web des dossiers non résolus de la Sûreté du Québec. Selon un officier à qui L’info a parlé, c’est parce que la police considère toujours qu’aucun élément criminel n’est relié à leur disparition. Pensez-vous le contraire?

Oui. Et je pense que ma réponse va entrer en contradiction avec la leur car la Sûreté du Québec de Montréal est impliquée dans le dossier également. Et il s’agit de la division qui s’occupe des homicides. Pourquoi dans ce cas cette division des homicides de Montréal est venue me parler? Je connais ma fille. Je ne crois pas un instant qu’elles aient fugué, parce qu’elles auraient appelé; ma fille en particulier. À voir leurs visages dans les médias, savoir que leurs parents et grands-parents s’inquiétaient, elle aurait appelé et dit : « Tu sais quoi? Tout va bien, c’est juste que je ne veux pas rentrer à la maison ».

11 ans ont passé depuis la disparition de Maisy: comment faites-vous pour continuer à aller de l’avant? 

Je parle pour moi seulement. En premier lieu, j’ai d’autres enfants qui ont besoin d’une maman. Nous n’oublions jamais. Nous vivons avec cela en famille, tous les jours. En ce qui me concerne, je dois aller de l’avant car j’ai besoin d’obtenir des réponses également sur ce qui est arrivé pour mes autres filles. Et je ne vais pas abandonner ce combat facilement. C’est ainsi que nous continuons à aller de l’avant, en nous battant pour elle, en l’honorant, en continuant nous-mêmes à avancer avec son souvenir gravé dans nos cœurs et nos esprits. (…). Cela fait 11 ans, mais ça ne nous empêche pas de continuer d’espérer. Et l’espoir est fort en nous. Nous espérons obtenir des réponses un jour. 

À votre avis, pourquoi tant de femmes et filles des Premières Nations sont portées disparues ou ont été assassinées au Canada? 

Je crois honnêtement que c’est parce qu’elles constituent des cibles faciles. Je crois que nous le sommes, parce que nous provenons de petites communautés. Vous voyez les enfants jouer sur les routes, les filles marcher seules dans les rues, etc. Pour les prédateurs, ce sont des cibles faciles. Mais ce n’est pas forcément juste les petites communautés autochtones. On peut penser à la ville de Maniwaki. C’est d’ailleurs là que nos filles ont disparu. C’est triste et je n’aime pas le dire, mais c’est parce que nous sommes des cibles faciles. On se sent en sécurité à l’intérieur de nos communautés, alors que ce n’est parfois pas le cas. 

Pensez-vous que les gouvernement du Canada et du Québec font tout ce qui est en leur pouvoir pour résoudre le problème national des femmes et filles autochtones disparues ou assassinées?

Il s’agit là, encore une fois, de mon opinion. Je ne parle pour aucune autre famille et ne le ferai jamais. Mon opinion, c’est que monsieur Trudeau s’est bien servi du problème des femmes et filles autochtones disparues et assassinées, ainsi que celui des écoles résidentielles, pour faire une bonne campagne (…). Parce que je ne pense pas que sans nos votes – avec toutes ces promesses faites aux Premières Nations – il serait là où il est aujourd’hui. Il nous a donné une enquête nationale, c’est vrai, mais il nous a mis dans une situation d’échec, dans le sens qu’il ne nous a donné que deux ans. Même cinq ans, ce n’était pas assez pour le Comité de vérité et réconciliation. Comment pouvaient-ils attendre de nous que nous fassions tout ce travail important dans un délai de deux ans? (…). Il se congratule et se donne une tape dans le dos, quand il nous a mis dans une situation d’échec. Et nous n’avons pas échoué! Chacun a fait un travail extraordinaire. (…). Je n’ai pas vu le gouvernement provincial faire quoi que ce soit, honnêtement. Personne ne nous a jamais approché. Le fédéral oui, mais le provincial? Non. Absolument rien. (…). Je pense qu’on est oublié au Québec : on entend parler de l’Ontario, toutes ces choses merveilleuses qu’ils font pour les femmes et filles autochtones disparues ou assassinées (…). Où est Québec? Qu’est-ce qu’ils ont fait? Je pense qu’il y a encore du racisme du côté du Québec. Quand allons-nous grandir et aider nos gens? Je n’ai pas entendu le moindre mot de leur part.  

Si Maisy pouvait lire cet article, qu’aimeriez-vous lui dire? 

Je souhaite juste qu’elle rentre à la maison. Où qu’elle soit, qu’elle nous fasse savoir qu’elle est saine et sauve. C’est tout ce qu’on demande…

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