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9 octobre 2020

Responsables de services éducatifs en milieux familiaux

Les temps sont difficiles, mais l’espoir à l’horizon

Il y a eu grève dernièrement chez les responsables de services éducatifs en milieux familiaux (RSE). Mais avant cette grève, il y avait déjà des difficultés apportées par la COVID-19. Un certain nombre de milieux familiaux a fermé les portes durant la pandémie. Heureusement, d’autres ont ouvert. La situation semble universelle en région. Du moins, elle se vit autant en Outaouais que dans les Laurentides. Qu’est-ce qui est en cause dans ces départs? Qu’est-ce qui pousse, en ce moment difficile, d’autres responsables à ouvrir leurs milieux éducatifs à la maison?

Hélène Desgranges , Journaliste

Covid-19 et manque de reconnaissance pourraient faire très mal à la profession de responsable  de service éducatif en milieu familial. Mais certaines conditions du travail pèsent plus lourdement dans la balance que le simple salaire, croient certaines personnes dans le milieu. Même si plusieurs milieux éducatifs familiaux ont fermé leurs portes et que la situation est difficile, de nouvelles personnes se lancent dans l’aventure. Les besoins sont criants.
Covid-19 et manque de reconnaissance pourraient faire très mal à la profession de responsable de service éducatif en milieu familial. Mais certaines conditions du travail pèsent plus lourdement dans la balance que le simple salaire, croient certaines personnes dans le milieu. Même si plusieurs milieux éducatifs familiaux ont fermé leurs portes et que la situation est difficile, de nouvelles personnes se lancent dans l’aventure. Les besoins sont criants.
© (Photo Pixabay)

Alors que la pandémie était à son apogée, le gouvernement a ouvert la porte à la possibilité de fermer les services éducatifs en milieux familiaux. Plusieurs RSE ont préféré cette option pour diverses raisons. Parmi les RSE en lien avec le bureau coordonnateur du CPE La Fourmilière, dans les Hautes-Laurentides, seulement 10 milieux sont demeurés ouverts sur 70 en début de pandémie. Ensuite est venue l’ouverture progressive à 50% de clientèle. Linda Bonami, responsable du bureau coordonnateur à La Fourmilière raconte que le milieu n’avait jamais vu cela. Même les services de garde en installation étaient complets. Des parents étaient et sont toujours sans ressources.

Fermeture de services éducatifs en milieux familiaux

La pandémie a amené des fermetures de services éducatifs en milieux familiaux. Certaines RSE ont craint pour leur santé ou celle de leurs proches. D’autres ont refusé de suivre les règles sanitaires, ne se voyant pas agir avec de si jeunes enfants sans pouvoir les approcher. D’autres encore sont parties vers des milieux plus rémunérateurs ou avec de meilleures conditions de travail, comme les commissions scolaires et certaines ont devancé leur retraite. Comme il y avait des emplois partout de disponibles et qu’en plus, le gouvernement offrait des conditions de travail et salariales alléchantes aux gens désirant suivre la formation de préposées aux bénéficiaires, des RSE du réseau de la Fourmilière ont choisi cette option, explique Linda Bonami.

Au total, dans les Hautes-Laurentides, ce sont quatre RSE qui ont cessé leur pratique pendant la pandémie et deux autres ensuite pour aller en formation comme préposées aux bénéficiaires. En tout 36 places subventionnées ont ainsi été fermées. Dans la Vallée-de-la-Gatineau, on parle plutôt de huit RSE qui ont quitté les rangs du bureau coordonnateur du Réseau Petits Pas depuis le 1er avril. Pour le Réseau Petits Pas, cela représentait alors 49 places en moins.

Nouvelles RSE accréditées pendant la Covid-19

La situation difficile tend toutefois à s’améliorer. Cinq RSE ont été accréditées en mai et juin dans les Hautes-Laurentides ce qui représente 22 places subventionnées. Dans la Vallée, deux nouvelles RSE se sont jointes au réseau, soit 14 places. De nouvelles candidates, dans la Vallée, sont actuellement en processus de reconnaissance, mais il reste que plusieurs étapes sont encore à réaliser avant que les dossiers soient présentés aux administrateurs pour analyse.

« C’est du jamais vu, même que certains parents n’ont pu retourner au travail à la date prévue après leur congé de maternité. » - Linda Bonami

Selon Linda Bonami plus de reconnaissance du travail accompli par les éducatrices en milieu familial serait un atout majeur pour la profession. Même son de cloche pour Nathalie D’Amours, directrice générale de l’Association des éducatrices et éducateurs en milieu familial du Québec (AEEMFQ). Le Réseau Petits Pas de Maniwaki est représenté par cette association plutôt que par Le Conseil central des syndicats nationaux comme le sont les RSE qui ont choisi d’aller en grève dernièrement.

À la base, Nathalie D’amours souligne que même si la loi nomme encore les éducatrices en milieu familial des responsables de services de garde (RSG), l’AEEMFQ prône plutôt le terme de responsable de service éducatif. Car il est faux, selon elle, de dire que les éducatrices en milieu familial ne sont que des « gardiennes d’enfants ». L’AEEMFQ vise donc une reconnaissance de la profession et de faire valoir le statut de travailleurs autonomes chez ses membres.

Grève et féminisme

Nathalie D’amours trouve dommage de devoir encore passer par une grève pour se faire entendre d’un milieu d’hommes. Elle rêve d’un monde où cette reconnaissance sera plus facile. Elle juge que lorsqu’un ministre croit que les éducatrices en milieu familial ne font qu’amuser les enfants, alors que le gouvernement lui-même impose de plus en plus de formations et de conditions éducatives au travail de ces responsables majoritairement féminines, le manque de reconnaissance du travail accompli est flagrant. Elle trouve aussi regrettable qu’un ministre insinue que si des parents vont en milieu familial avec leurs enfants, c’est parce qu’il manque des places en garderie. Elle rappelle que c’est loin d’être le cas. Que plusieurs parents, par choix ou par respect de leurs valeurs, désirent et choisissent le milieu éducatif familial. Chaque choix est personnel selon elle et c’est bien que le parent ait des alternatives.

Linda Bonami est d’avis que la cause des éducatrices, qui ont tenté de se faire entendre avec des moyens de pression comme une grève, est en lien avec la non-reconnaissance, encore aujourd’hui, du travail des femmes. Nathalie D’Amours, quant à elle, souligne qu’elle souhaite une nouvelle définition du féminisme qu’elle nomme « moderne ».

« Une féministe moderne, c’est une femme qui a le choix d’aller sur le marché du travail, aux études ou qui peut tout aussi bien décider de revenir aux valeurs d’antan de travail à la maison en privilégiant la présence auprès de ses enfants. Les femmes d’aujourd’hui devraient avoir ce choix. » -Nathalie D’Amours

Et ce choix de demeurer à la maison, d’être son propre patron, plusieurs femmes et même des hommes le font en choisissant d’être éducatrice ou éducateur en milieu familial. Qu’ils soient syndiqués ou non, Nathalie D’Amours croit que les RSE ont tous la même réalité et désirent tous une chose : l’équité. À ses yeux, c’est sur ce point que devraient se battre les RSE. En misant uniquement sur le salaire, elle croit que les revendications feront mal à la profession et que personne ne soit intéressé à ouvrir un milieu familial alors que des parents épuisés par la COVID-19 ont plus que jamais besoin de leurs services.

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Hélène Desgranges , Journaliste

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