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13 janvier 2021

Montcerf-Lytton

Un couple victime d’une arnaque financière de 100 000$ de type « black money scam »

Emmanuel Dweh Gbala, 37 ans de Laval, a été condamné à 15 mois de prison pour une arnaque financière de type « black money scam » survenue à Montcerf-Lytton en juillet 2018.

Gilles C. Poirier , Pigiste-Faits divers

Emmanuel Dweh Gbala a été condamné à 15 mois de prison pour avoir tenté d’escroquer deux personnes de Montcerf-Lytton. Son complice, Alpha Bah, écope quant à lui de quatre mois d’emprisonnement.
Emmanuel Dweh Gbala a été condamné à 15 mois de prison pour avoir tenté d’escroquer deux personnes de Montcerf-Lytton. Son complice, Alpha Bah, écope quant à lui de quatre mois d’emprisonnement.
© (Photo SQ)

À cette époque, Emmanuel Dweh Gbala et un complice, Alpha Bah, ont proposé d’acheter à un couple de Montcerf-Lytton leur commerce, à vendre depuis quelques années. Les deux fraudeurs sont arrivés à bord d’une BMW empruntée à une connaissance. Ils se sont présentés sous de faux noms: Lassana pour Dweh Gbala; Omar pour Alpha Bah.

M. Gbala a fait croire aux victimes qu’arrivé récemment d’Afrique, il n’avait pas les fonds nécessaires pour la transaction, mais que sa famille possédait des terres sur lesquelles des mines de diamants étaient exploitées. Il a soutenu que son père pouvait lui avancer l’argent requis, mais qu’afin de contourner d’éventuels problèmes de corruption aux douanes, ce dernier devait être coloré.

Lors d’une seconde visite, il leur a demandé de fournir une somme de 100 000$ en argent comptant qui l’aiderait – soi-disant grâce à une réaction chimique – à neutraliser le colorant sur son propre argent. Pour les convaincre, il leur a fait une démonstration avec de vrais billets colorés.

La tentative d’escroquerie

À la troisième rencontre, le 24 juillet 2018, l’accusé et son complice ont apporté une valise contenant de faux billets colorés, ainsi qu’un réservoir de cinq gallons censé contenir le produit chimique en question. Ils ont enveloppé l’argent des victimes et leurs faux billets colorés dans du papier d’aluminium avec le produit, avant de demander au couple de se retirer en raison de la supposée dangerosité du produit. Les deux complices en ont alors profité pour cacher les 100 000$ des victimes dans le réservoir, qui contenait un double fond.

Les deux fraudeurs ont prétexté devoir retourner à Montréal pour aller chercher plus de produit afin de pouvoir continuer l’opération, mais ayant des soupçons, les deux victimes les ont accompagnés.

La fuite

À destination M. Gbala a quitté le véhicule pour aller chercher le supposé produit chimique. Pour sa part M. Bah a tenté de s’enfuir avec la voiture dans laquelle se trouvait toujours le réservoir. Il en a été empêché par l’une des victimes qui a sauté dans l’auto par la vitre du côté passager. Cet acte courageux a permis de récupérer les 100 000$. M. Bah a abandonné le véhicule et a pris la poudre d’escampette. Averti de la mésaventure, le propriétaire de la BMW a déclaré aux autorités le vol de son véhicule. Savait-il des choses? L’enquête ne le démontre pas, mais il a été accusé par la suite de méfaits publics.

Trahis par une facture de 5,16$

Alertés par les victimes, les policiers ont saisi le véhicule et il a été transporté dans un centre de l’Unité des crimes majeurs de la Sûreté du Québec (SQ). Munis d’un mandat de perquisition, les policiers ont retrouvé les 100 000$ cachés dans le double fond du réservoir.

Ils ont également trouvé une facture de 5,16$ pour l’achat de masques à la pharmacie Jean Coutu de Mont-Laurier le matin du 24 juillet 2018 à 9h03. La facture avait été payée avec une carte de crédit. À partir des enregistrements des caméras de vidéosurveillance, les enquêteurs ont été en mesure procéder à l’identification des suspects et obtenir l’adresse de Dweh Gbala.

Les arrestations

Les enquêteurs de l’Unité des crimes majeurs du poste de la SQ de la MRC d’Antoine-Labelle se sont rendus au domicile de Dweh Gbala à Laval et ont procédé à son arrestation. Un mandat d’arrestation a été lancé contre Alpha Bah et un avis de recherche a également été publié. Il a été arrêté à l’aéroport Montréal-Trudeau à son retour d’un voyage en Afrique.

Antécédents et décision du juge

M. Gbala faisait déjà face à des accusations pour des fraudes de même nature en Saskatchewan et au Québec, dans le district judiciaire de Beauharnois.

Lors des représentations sur sentence, les procureurs avaient des positions diamétralement opposées. Me Simon-Pier Cossette, procureur aux Poursuites criminelles et pénales, a suggéré au Tribunal une peine de 18 à 36 mois d’emprisonnement basée sur des causes similaires survenues en Colombie-Britannique et à Terre-Neuve.

Pour sa part, Me Louis Hubert, procureur de l’accusé, a plutôt suggéré au Tribunal une absolution conditionnelle assortie d’une probation avec des travaux communautaires et d’un don de 5 000$. Il a motivé sa suggestion par le fait que l’accusé est marié, père de deux enfants et qu’il a actuellement un statut de résident permanent au Canada. Un dossier criminel pourrait entrainer sa déportation.

Le juge Marck Philippe, dans une décision rendue le 5 novembre 2020 et considérant les facteurs aggravants et atténuants, a finalement condamné Emmanuel Dweh Gbala à une peine d’emprisonnement de 15 mois.

Quant à Alpha Bah il a plaidé coupable et a été condamné le 17 décembre 2020 à quatre mois d’emprisonnement, à une probation de trois ans et à 200 heures de travaux communautaires.

L’arnaque de type « black money scam »

Assez répandue à l’échelle mondiale, ce type d’escroquerie a été rapporté par la Sûreté du Québec dans plusieurs municipalités de la province au cours des dernières années. Les fraudeurs prétendent détenir des sommes importantes en billets de banque teintés dans un produit chimique spécial. Ils expliquent à leurs victimes être obligés de procéder de la sorte pour sortir l’argent de leur pays. La majorité de ces fraudeurs sont d’origine africaine ou se font passer pour des Africains et donnent comme raison que leur pays est en guerre, que les institutions ou les douanes de leur pays sont corrompues.

Les fraudeurs établissent un climat de confiance avec leurs victimes en leur faisant une démonstration avec de vrais billets de banque colorés. Après avoir mis en contact les billets avec le produit supposé spécial, le colorant se dissout et les billets redeviennent intacts. Par la suite, ils leur demandent de vrais billets de banque pour les apposer à la même quantité de billets colorés (qui se révèlent n'être, en fait, que de simples papiers colorés). Profitant d'un moment d'inattention des victimes, ils subtilisent l'argent.

Selon des analyses effectuées par le F.B.I., des tablettes de vitamines C diluées dans l’eau du robinet sont utilisées pour neutraliser le colorant.

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Gilles C. Poirier , Pigiste-Faits divers

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