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23 juin 2020

Prix du Canada 2020

Les Bois-Brulés de l’Outaouais remporte les honneurs et alimente les conversations

Les Bois-Brulés de l’Outaouais, une étude ethnoculturelle des Métis de la Gatineau, dont la sortie, en 2019, a été soulignée par un lancement dans la Vallée-de-la-Gatineau, vient de remporter le prestigieux Prix du Canada 2020. 

Hélène Desgranges , Journaliste

Photographie de l’ouvrage, orné d’une toile de John Philip Bainbridge de 1842 environ, conservée par Bibliothèque et Archives Canada. Elle s’intitule « Barrages et écluses à l’île Long, sur le canal Rideau, Haut-Canada, Ottawa.
Photographie de l’ouvrage, orné d’une toile de John Philip Bainbridge de 1842 environ, conservée par Bibliothèque et Archives Canada. Elle s’intitule « Barrages et écluses à l’île Long, sur le canal Rideau, Haut-Canada, Ottawa.
© (Photo L’info de la Vallée – Simon Dominé)

Chaque année, les lauréats sont en partie choisis selon qu’ils suscitent et alimentent des conversations sur des sujets importants. Comme le livre fait état de la situation des Métis dans les vallées de la Gatineau et de la Lièvre (Maniwaki, Lac-Sainte-Marie et Lac des Sables), dans les actuelles MRC de la Vallée-de-la-Gatineau et d’Antoine-Labelle, le sujet a bel et bien enflammé les discussions.

La Communauté Métis Autochtone de Maniwaki ressent un grand sentiment de fierté face à  cet ouvrage savant rédigé en collaboration avec les gens d’ici. Pierrette L’Heureux, administratrice de cette communauté, explique que le livre raconte l’histoire et la culture de la communauté historique dans la vallée de la Gatineau, au Québec.

Les points sur les i

La communauté espère que cet ouvrage contribuera à une réconciliation et à une meilleure connaissance de la culture métisse dans la région de l’Outaouais, et de Maniwaki en particulier, au Québec.

Pierrette L’heureux vante la précision des recherches effectuées pour la rédaction du livre. Même si sa communauté de Maniwaki avait déjà réalisé plusieurs recherches, elle dit du livre qu’il a « mis les points sur les i et les barres sur les t », en allant dénicher encore plus loin des informations non éditées. Tout ce qui touche les coureurs des bois, le trafic de fourrures est particulièrement difficile à retracer selon elle; pourtant, des anciens se souviennent de leurs origines.

Pour sa part, Michel Noël, Métis de la Vallée-de-la-Gatineau a dit du livre : « Cette étude ethnohistorique jette une lumière éblouissante sur mes ancêtres, les Métis de la Vallée de la Gatineau. Je me suis reconnu comme jamais dans cette œuvre et j’ai compris mieux que jamais d’où je venais et qui j’étais ».

Recherche d’archives et d’histoires de famille

Sébastien Mallette, qui a co-écrit le livre avec Michel Bouchard et Guillaume Marcotte, explique que la rédaction du livre a duré trois ans. Cependant, depuis environ dix ans, chacun des auteurs a recueilli des informations et c’est ce qu’ils ont recoupé pour en faire le volume méritant du Prix du Canada 2020.

Un anthropologue, un juriste et un historien spécialiste de la traite des fourrures, coordonnant leurs recherches et leur plume et qui décident d’écrire à propos d’une zone moins explorée, qui plus est, l’Outaouais, ça a assurément un objectif derrière la tête?

Sébastien Mallette espère que le livre deviendra une référence chez les Métis de l’Outaouais. La contribution des Métis d’ici à la société québécoise n’est pas discutable selon lui. Ses recherches et celles de ses confrères démontrent la présence de ces gens dans la Vallée, entre autres.

Les détracteurs sont pourtant nombreux selon Sébastien Mallette. Certains se positionnent dans les débats et refusent de reconnaître la communauté Métis. En contrepartie de certaines opinions négatives sur les réseaux sociaux, les auteurs ont reçu des commentaires très positifs.  Entre autres de gens qui ont retrouvé, dans une annexe du livre qui célèbre 19 familles d’ici, un sentiment de fierté. Sébastien Mallette espère que le livre pourra apporter une discussion plus positive entre ces Métis et le gouvernement de Québec.

« Un ouvrage méticuleux exemplaire » selon le jury

Les membres du jury n’avaient pas à appuyer les affirmations des auteurs. Tout en notant la nature controversée du sujet traité dans ce livre, le jury parle « d’une enquête extrêmement minutieuse » et a trouvé les conclusions « extrêmement éclairantes ».

Le jury a mentionné que  l’étude de MM. Bouchard, Malette et Marcotte sur les Métis du grand Outaouais se présente comme une enquête minutieuse sur un « phénomène identitaire métis » peu connu. Les auteurs ont analysé les sources documentaires avec la plus grande rigueur ; leur cadre conceptuel est défini avec soin; chaque étape s’appuie sur une méthodologie transparente.

L’enjeu est de taille : il s’agit de restituer la présence pleine d’une communauté historique dans les environs de Maniwaki, dont l’existence invisible n’a pu être retracée que par recoupement des discours, de rapports de diverses origines, de correspondances, de politiques, de mémoires orales et de recherches généalogiques.

Bourse de 10 000$ aux auteurs

Le Prix du Canada 2020 était assorti d’une bourse de 10 000$. Cependant, cette année, dû à la pandémie, la remise des prix s’est tenue virtuellement. Les universités engagées dans le projet ont souligné la réussite des chercheurs individuellement, entre leurs murs. Les auteurs, quant à eux, saluent le courage du jury qui a reconnu la rigueur et la qualité du livre malgré son sujet controversé.

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Hélène Desgranges , Journaliste

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